Source: http://news.suite101.fr/article.cfm/la-decouverte-dun-lieu-de-culte-dedie-a-mithra-a-angers-a12075
La découverte d'un lieu de culte dédié à Mithra à Angers  | Un temple mithraïste a été mis à jour dans le sous-sol angevin, une découverte archéologique de première importance dans l'histoire européenne. |
Le sous-sol de la ville d'Angers regorge de trésors archéologiques, on le sait depuis longtemps. Chaque nouveau chantier mené par la Ville permet d'étoffer l'histoire sociale, religieuse et humaine de cette région de l'Ouest de la France. Mais la découverte, début mai 2010, d'un temple mithraïste bouleverse tous les savoirs, et va relancer la recherche sur toute l'histoire religieuse et sociale de l'Europe occidentale.
La découverte d'un véritable trésorCette fois, il ne s'agit pas seulement de quelques pierres ni de traces de constructions antiques. C'est un mithræum parfaitement identifiable que les archéologues de l'Inrap ont découvert. Des tambours de colonnes typiques de l'architecture des temples mithraïstes, des fragments d'un bas-relief représentant le dieu Mithra et un riche mobilier daté du IVe siècle. Plus de 200 pièces de monnaie, des lampes à huile intactes, des fragments d'un lustre en terre cuite avec des motifs de Nubien, une fibule en bronze caractéristique des fonctionnaires romains au IVe siècle, et un très beau vase zoomorphe en assez bon état, viennent compléter cette découverte.
Des inscriptions permettent de certifier les origines de cette découverte, comme cette dédicace gravée sur un gobelet de céramique : "Au dieu invaincu Mithra", signé par un certain Genialis qui l'offre au temple en matière d'ex-voto.
Le culte indo-iranien du dieu MithraLe mithracisme, mithraïsme, est un culte à mystères, né au IIe siècle avant notre ère dans la partie la plus orientale de la Méditerranée. Certains historiens le font remonter à la grande épopée de Gilgamesh, 2 500 avant notre ère, notamment par les similitudes de l'histoire du sacrifice du Taureau Primordial, ainsi que les formules en perse retrouvée sur certains temples. Ayant connu un large succès auprès des armées romaines stationnées dans ces contrées lointaines, le culte a connu un essor fabuleux et s'est répandu dans toute l'Europe occidentale, via les troupes et l'administration romaine, avec un âge d'or au IIIe et IVe siècle de notre ère. Il s'agit d'un culte à initiation, dont la transmission secrète s'est effectuée oralement, et donc, peu de textes attestent de son contenu. Il fut le concurrent le plus sérieux du christianisme au début de l'ère chrétienne, et on ne connaît la nature de ce culte que par les textes rédigés par les Pères de l'Eglise, les plus virulents opposants au culte païen de Mithra, et par la plume de Plutarque dans sa Vie de Pompée.
À l'époque du Bas-Empire romain (IIIe siècle), le culte de Mithra s'est peu à peu confondu avec d'autres cultes solaires d'origine orientale, comme celui du Sol Invictis (Soleil invaincu), qui finit par devenir la religion officielle de l'Empire sous le règne d'Aurélien, en 274 de notre ère, et dont nous avons hérité la célébration du 25 décembre, transformé en jour de Noël.
Le culte de Mithra fut définitivement interdit en 391 par l'Eglise romaine, mais il perdura encore quelques décennies de manière confidentielle et marginale.
Le mithraïsme en Europe occidentaleIl existe finalement assez peu de mithræa découverts en Europe. Une douzaine en tout, situés en Allemagne, trois au Royaume-Uni, dont le célèbre temple de Mithra à Londres, et une concentration de cinq mithræa autour de Rome. En France, le mithræum de Septeuil dans les Yvelines, et celui de Bordeaux ont permis de faire avancer la recherche sur l'implantation du culte dans la partie la plus occidentale de la France.
"La richesse du mobilier, la conservation des vestiges, l’importance de l’épigraphie, l’absence jusqu’à aujourd’hui de découverte de mithræa dans l’ouest de la France offrent aux archéologues de l’Inrap des perspectives de recherche inédites touchant à la fois aux domaines de l’archéologie, de l’histoire de l’art et des religions. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour l’histoire d’Angers et le début de la christianisation au IVe siècle. Après Bordeaux, Strasbourg, Biesheim, Septeuil, Tirlmont (Belgique), Martigny (Suisse), Rome et Ostie, Angers s’inscrit désormais dans l’inventaire restreint des mithræa connus en Europe occidentale." (Inrap)
Les fouilles dureront jusqu'à la fin du mois d'août, avant que le site ne soit recouvert par de nouveaux logements.